Les chroniques du coeur #5 : Greffe cardiaque : quand la science se heurte aux peurs humaines
La greffe du cœur est l’une des plus grandes réussites de la médecine moderne. En quelques décennies, les cardiologues ont appris à réparer, ralentir, accélérer… et même remplacer cet organe vital. Pourtant, malgré ces avancées, la transplantation cardiaque continue de susciter des peurs profondes.
Pourquoi ?
Parce que le cœur n’est pas seulement un organe. Il est un symbole.
Une victoire médicale incontestable
Depuis la première greffe humaine en 1967, la transplantation cardiaque a connu une progression spectaculaire. Grâce aux immunosuppresseurs, les rejets sont contrôlés, les complications réduites, et la durée de vie post-greffe dépasse souvent dix ans.
Pour les patients, il ne s’agit pas d’une prouesse abstraite, mais d’une seconde vie. Travailler à nouveau, voir grandir ses enfants, reprendre une activité normale. La greffe du cœur sauve des vies, chaque jour.
Le retour des croyances
Mais à mesure que la technique s’impose, une autre question refait surface : le cœur transporte-t-il une mémoire ?
Certains greffés affirment avoir développé de nouveaux goûts ou une sensibilité différente. Ces récits, relayés par les médias et la littérature, nourrissent la croyance en une mémoire cellulaire. Une idée séduisante, presque poétique, mais qui ne repose sur aucun fondement scientifique solide.
Les scientifiques sont unanimes : les cellules cardiaques ne stockent ni souvenirs ni traits de personnalité. Pourtant, l’opinion publique reste troublée.
Quand la peur l’emporte sur la raison
Cette méfiance a parfois des conséquences surprenantes. Aux États-Unis, les prisonniers condamnés à mort n’ont pas le droit de donner leurs organes. Non pas pour des raisons médicales, mais parce que certains redoutent que le cœur d’un criminel puisse “transmettre” quelque chose de mauvais.
Des fake news ont amplifié ces peurs, allant jusqu’à inventer des faits divers reliant greffe cardiaque et criminalité. Des récits faux, mais puissants, car ils touchent à l’irrationnel.
Et demain ?
La médecine ne s’arrête pas là. Les cœurs artificiels, testés depuis 2013, ouvrent une nouvelle voie. Un cœur sans passé, sans symbolique, sans mémoire. Un cœur uniquement dédié à sa fonction vitale.
Peut-être est-ce la prochaine étape : réconcilier définitivement la science et l’imaginaire collectif.
Car derrière les mythes et les peurs, une réalité demeure : la greffe cardiaque sauve des vies — et rien d’autre ne devrait compter davantage.
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