La première greffe cardiaque réalisée par le professeur Christiaan Barnard, le 3 décembre 1967, a marqué un tournant majeur dans l’histoire de la médecine. En un demi-siècle, la transplantation cardiaque est passée d’un pari fou à une intervention maîtrisée, avec près de 500 greffes réalisées chaque année en France et plus de 3 500 dans le monde. 

Aujourd’hui, les taux de survie dépassent 90 % à un an. Des milliers de patients vivent, travaillent, aiment et projettent l’avenir grâce au cœur d’un autre. Et pourtant, malgré ces chiffres impressionnants, une question persiste : recevoir un cœur, est-ce recevoir plus qu’un organe ? 

Une prouesse scientifique avant tout 

La greffe cardiaque est le fruit d’un long combat contre un ennemi invisible : le rejet immunitaire. Dès le début du XXᵉ siècle, le chirurgien français Alexis Carrel démontre que la greffe est techniquement possible. Mais il faudra attendre les années 1970 et l’arrivée de la cyclosporine pour que la transplantation devienne réellement viable. 

En France, l’histoire est marquée par le cas exceptionnel d’Emmanuel Vitria, greffé à Marseille en 1968. Sans traitement antirejet efficace, il survit et mène une vie presque normale. Son parcours devient un symbole : un homme peut vivre avec le cœur d’un autre

Le poids du symbole 

Mais le cœur n’est pas un organe comme les autres. Depuis l’Antiquité, il est associé à l’âme, aux émotions, au courage. Cette dimension symbolique resurgit chez certains patients greffés, qui témoignent de changements de goûts, de sensibilité, voire de souvenirs inexpliqués. 

C’est ce que l’on appelle la théorie de la mémoire cellulaire : l’idée selon laquelle les cellules du cœur pourraient transmettre une part de la personnalité du donneur. Une hypothèse fascinante… mais jamais validée scientifiquement

Les neurosciences sont claires : les souvenirs, la personnalité et les émotions sont le produit du cerveau, pas du muscle cardiaque. Pourtant, le mythe résiste. 

Entre science et croyances 

Ce décalage entre progrès médical et représentations collectives a parfois des conséquences concrètes. Aux États-Unis, la crainte de la “mémoire cellulaire” est encore invoquée pour refuser le don d’organes provenant de certains détenus. Des fake news ont même tenté d’associer greffe cardiaque et criminalité. 

Face à cela, la science avance, patiemment. Les faits sont là. Et demain, avec les cœurs artificiels, le débat pourrait bien changer de nature. 

Car qu’il soit biologique ou artificiel, un cœur n’a qu’une mission : faire vivre

 

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